Chevaux des Monts d’Azur transférés en EspagneDix chevaux transférés de la Réserve des Monts d'Azur vers l'Espagne, qu'est-ce que le "réensauvagement" ? • Reportage FRANCE 3 •
28 mars 2023

Comme d’habitude, le tracteur passe au milieu des chevaux sauvages du parc des Monts d’Azur, situé à Andon, au nord de Grasse, dans les Alpes-Maritimes. Mais ce jour-là, il ne transporte pas de nourriture, mais un fusil hypodermique, dans les mains de Benjamin Borowiak, responsable terrain et chef d’équipe de la réserve biologique.

 

Cette virée en tracteur était un leurre pour mieux repérer les dix animaux – trois mâles et sept femelles a priori – qui allaient être capturés en vue d’un transfert vers l’Espagne. « Qui, quoi, comment, dans quelle position, à quel endroit, si le cheval flippe… cite Benjamin Borowiak. La grosse jument devant, je ne vais pas la prendre. » La seringue part du fusil, le cheval est touché (le produit tranquillisant va faire effet) et l’équidé va être ramené à l’enclos, les autres galopent dans tous les sens et fuient. « On va envoyer des graines pour les attirer, on s’approche le plus possible de l’animal avec les moyens qu’il connait et qui l’effraie le moins possible, on vise les zones musculaires, surtout les fesses. A chaque capture, vous rajoutez un niveau de difficulté », explique le responsable de la réserve.

 

« Le but est de réintroduire des espèces pour obtenir une diversité d’herbivores qui redynamisent les espaces végétaux, ce que ne savent pas faire les espèces domestiques. »

Patrice Longour, vétérinaire et fondateur de la réserve des Monts d’Azur

Patrice Longour a été sollicité par Rewilding Europe, une organisation à but non lucratif dont l’objectif est de recréer des espaces plus sauvages en Europe, pour cette opération : envoyer dix chevaux azuréens vers les « Iberian highlands », cette zone qui occupe les régions de Castille-La-Manche et de l’Aragon, pour « réensauvager » la zone. « Le réensauvagement, c’est remettre les grands herbivores sauvages dans les espaces sauvages, explique Patrice Longour. Depuis 2015 et la COP 15, 136 pays ont signé un accord : on doit conserver 30 % d’espaces sauvages. Dans ces espaces se fabriquent l’air de qualité, l’eau, on a besoin de ces espaces sauvages pour l’avenir de l’humanité. »

Puis il développe l’intérêt de ce programme : « Le but est de réintroduire des espèces pour obtenir une diversité d’herbivores qui redynamise les espaces végétaux, ce que ne savent pas faire les espèces domestiques. »

« Cela peut devenir une attraction touristique dans une région où il n’y a pas de grandes opportunités, où les gens sont en train de partir, où les villages ferment leurs écoles. »

Pablo Schapira, directeur du projet Espagne de « Rewilding Europe » et biologiste spécialiste de la vie sauvage

Pablo Schapira, directeur du projet Espagne de « Rewilding Europe » et biologiste spécialiste de la vie sauvage, qui va accueillir ces 10 espèces dans son pays, était présent dans les Alpes-Maritimes cette semaine. Sa vision rejoint celle de Patrice Longour. « L’objectif, c’est de rétablir ce process écologique perdu, d’amener des herbivores qui font ce travail de nettoyage de forêt, diminuer la masse forestière, diminuer le risque d’incendies et aider à améliorer la biodiversité. » Outre l’intérêt de la conservation des espèces et l’aspect écologique, Pablo Schapira voit un potentiel économique. « Cela peut devenir une attraction touristique dans une région où il n’y a pas de grandes opportunités, où les gens sont en train de partir, où les villages ferment leurs écoles. La personne qui va être en charge de ces chevaux est retournée dans son village avec sa famille, ça peut redynamiser le village… » 

Avant de penser aux retombées, certains acteurs veillent à ce que le transfert, qui aura lieu dans deux ou trois semaines, s’effectue dans les meilleures conditions possibles. C’est le cas de Julie Chêne, responsable scientifique de la réserve azuréenne. « Je prends des notes sur les captures pour avoir un suivi et les infos correctes avant l’envoi, détaille-t-elle, alors qu’on lui donne le poids d’un des chevaux capturés : 255 kg. Il faut relever le poids, s’il a un collier GPS, le numéro de puce, l’âge, le sexe, si la jument est enceinte ou non. »

Ces chevaux bientôt en totale liberté en Espagne ?

Elle n’est en tout cas pas inquiète de l’intégration future des espèces dans leur nouvel espace. « Le plus gros stress, il est pour nous, pas pour eux, ils se connaissent déjà tous et vont faire partie de groupes sociaux construits, rigole la responsable scientifique. Et l’enclos qu’ils vont rejoindre est très similaire à notre réserve en termes de besoins, de climat et de milieu. Ils vont avoir une plus belle vie que chez nous et pourraient vivre, à terme, dans le premier projet sans clôture. » En totale liberté.

Un déplacement de l’équipe française en Espagne sera prévu « pour voir comment ça se passe », relate Julie Chêne, qui se projette : « Un grand terrain de jeu s’ouvre sur l’étude du comportement animal. Comment les groupes vont évoluer sans certaines espèces ? On a quelques indices et doutes sur ce qui va se passe, mais ils sont toujours très imprévisibles ! » Il est probable qu’après cet envoi de dix chevaux de Przewalski, d’autres suivent.

 

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